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Comment stimuler sa créativité en temps de crise, partie 3

 


Question :

Ados démotivés qui n’étudient plus. Couples au bord de la crise de nerfs. Manque de contacts sociaux. Baisses de salaires, clients qui s’évanouissent comme la rosée au petit matin et surdoses de conférences sur Zoom. C’est dans ce contexte qu’on nous demande – et qu’il est parfois même nécessaire pour la survie de notre entreprise – de demeurer innovants, imaginatifs, inventifs.

 

Dans cette dernière infolettre d’une série de trois, nous demandons encore à une pro : comment demeurer créatif en temps de crise, quand tout conspire contre notre imagination?


Réponse:

 

Hélène Godin est chef de la création et cofondatrice de la Factry, une école de la science de la créativité où on apprend comment trouver des solutions en étant plus innovant, en collaborant mieux. Provenant de tous les secteurs, sa clientèle du milieu des affaires est très diversifiée.

«En ce moment, dit-elle, tout le monde se réinvente. La créativité au sens large est donc sollicitée. Mais pour l’être, on doit se demander : qu’est-ce que l’état créatif? Et comment le faire survenir?

 

«D’abord, disons-le, pour accéder à l’état créatif, ça prend un certain nombre de conditions. Il nous faut un environnement sécuritaire : de la nourriture, un toit sur nos têtes… Ce n’est pas le cas de tout le monde.

 

«Mais même pour ceux qui jouissent de cette sécurité, ce n’est pas gagné. Pour ma part, au début du confinement, j’ai mis beaucoup de temps à adapter mes journées pour pouvoir travailler et faire fonctionner la Factry. Il a fallu qu’on se relève les manches, qu’on change nos manières de faire. Chez nous comme ailleurs, les travailleurs se sont soudainement retrouvés seuls chez eux.

 

«Étonnamment, je me suis retrouvée avec un horaire passablement chargé. Mon calendrier était “overbooked”. Et l’affaire, c’est que la créativité a besoin de place, de liberté, de temps. Mais je n’en avais plus. Mon agenda était un mur de Zoom, de courriels et d’appels téléphoniques.

 

«J’ai donc aménagé mes journées différemment pour avoir de l’espace, être créative. En temps de crise, l’important, c’est de retrouver ses bases, et de s’adapter.

 

«On ne peut pas mettre la créativité à l’agenda. Il faut se laisser des moments libres, sans but précis, car c’est là qu’on parvient à relier les points et à trouver les idées qu’on cherche.

 

«Pour moi, ces moments sont ceux où je fais du sport. Quand je fais du vélo ou que je monte une montagne, je place les choses dans ma tête; ma journée – et souvent la suivante – devient plus claire, mieux structurée.»

 

Pas besoin d’une réunion, donc, pour être créatif. Ça prend de l’espace.

 

Pour Hélène Godin, l’aventure au coin de la rue constitue aussi un excellent vecteur de l’imaginaire. Plutôt que ses itinéraires habituels et commerces de prédilection, elle change ses parcours et fait ses courses dans de petites épiceries de quartier qu’elle ne connaissait pas. «Je voyage un peu chez moi, ça me stimule.»

 

Encore là, il s’agit d’une affaire de temps. Qu’on se donne. Mais aussi que nos patrons nous accordent.

 

Les employeurs doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas «surbooker» leurs employés de tâches et leur demander en même temps d’être créatifs. Il faut leur laisser de l’air. Quand la «to do» s’allonge constamment, on n’a pas le loisir de penser librement.

 

Enfin, ce temps libre doit être passé seul. C’est un important défi dans les circonstances actuelles. Mais il est primordial de réfléchir pour soi avant de partager nos idées avec les autres.

 

On peut aussi inviter des «cerveaux» de l’extérieur, suggère l’experte en créativité, afin de stimuler le nôtre. «Quelqu’un qui vient cocréer avec vous dans vos rencontres, c’est très stimulant et ça amène de nouvelles idées.»

 

Donc, si on résume :

 

  • Il faut se donner du temps pour créer
  • Il faut que les employeurs comprennent cette nécessité
  • Il faut se trouver des occasions de surprises, de découvertes
  • Il faut avoir des moments de solitude pour mieux réfléchir

 

«Nos métiers vont changer, souligne Hélène Godin. Nos façons d’acheter, d’étudier, de socialiser aussi. Nous allons devoir nous réinventer, et forcément il va falloir se donner le temps d’y réfléchir.»


 

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