Nos favoris du 7 février

L’abonnement numérique est-il une arnaque?

 

Si vous lisez régulièrement Nos favoris, vous connaissez sans doute le groupe de musique qui a composé la trame sonore de mon adolescence. Au fil des époques, je me suis défoncé les tympans en faisant tourner les disques des Beastie Boys dans le sous-sol chez des amis, j’ai écouté leurs cassettes dans mon Walkman en attendant le bus, puis on a «blasté» les albums depuis le lecteur à six CD de la bagnole, toutes fenêtres baissées. Vint ensuite le téléchargement en MP3. Si bien qu’au fil des années, j’ai payé à plusieurs reprises pour les mêmes produits, en quatre formats différents.

 

Les ayant détruits, perdus ou ne possédant simplement plus la machine pour les faire jouer, je n’ai aujourd’hui à peu près plus rien de tout cela.

Je rédige donc ce billet en écoutant une liste de lecture à laquelle j’accède moyennant un abonnement mensuel de 9,99 $ à un service de musique en continu.

 

Maintenant que nous passons d’un modèle d’acquisition à un modèle d’accès aux produits sur une base d’abonnement numérique, il se trouve des voix pour crier à l’arnaque.

 

Personnellement, je trouve que l’arnaque réside bien plus dans le fait de m’avoir vendu la même musique en quatre formats physiques différents, en l’espace de 25 ans, que dans le fait de la dématérialiser pour me la louer.

 

Mais oui, il est vrai que comme consommateurs, nous devons encore plonger la main dans nos poches. Rien de bien nouveau ici. Mais il est faux selon moi de prétendre que nous payons plus pour moins de contenus.

 

Nous payons désormais pour des produits mieux alignés avec nos besoins, nos goûts et nos intérêts. À nous, donc, de sélectionner les services que nous pourrons rentabiliser, qu’ils soient pour le travail ou les loisirs.

 

Couper le cordon

Les câblodistributeurs abusent depuis longtemps de leur position dominante dans le marché pour vendre leurs fourre-tout télévisuels câblés à prix d’or, forçant les téléspectateurs à souscrire à beaucoup plus de chaînes que ce qu’ils consomment en réalité. Ça, c’est de l’arnaque, et ça explique en bonne partie pourquoi les abonnés quittent la télé câblée à vitesse grand V.

 

Une discothèque dans les poches

Mon service de musique en continu me propose plus de 50 millions de chansons, des entrevues exclusives, des vidéos, des listes de lecture, des balados et j’en passe pour 10 $ par mois. HMV me vendait un seul CD pour près du double de cette mensualité (avec pochette, trois photos et paroles en prime). Ça aussi, c’était de l’arnaque, et on sait ce qu’il est advenu des magasins de disques.

 

Et pour les logiciels?

Quant aux logiciels, je conçois aussi plutôt mal que le modèle par abonnement constitue une arnaque, vu les avantages qu’il offre habituellement : le choix entre version de base et version premium, la possibilité d’ajouter ou de retirer simplement des licences, d’avoir les mises à jour incluses (et immédiates!) et de pouvoir choisir le niveau d’assistance technique adapté à sa situation.

 

Ça coûte gratis

Il faut ajouter que des solutions de rechange aux abonnements numériques existent, qu’elles sont parfaitement convenables et entièrement gratuites. Le rattrapage télé via le Web est monnaie courante et des services de musique en continu offrent des versions gratuites. Des plateformes numériques permettent d’emprunter livres et magazines via votre bibliothèque locale. Pour le travail, plusieurs solutions d’espaces de stockage cloud et applications performantes sont disponibles. Bref, là où existent des services par abonnement numérique, souvent, des solutions gratuites sont aussi proposées.

 

Pas parfait

La taxation, le rayonnement des produits québécois, la part des revenus qui revient aux créateurs : plusieurs questions épineuses subsistent quant à ce «nouveau» modèle par abonnement, j’en suis bien conscient. Mais ce n’est pas le propos de ce texte.

 

Alors, arnaque ou pas? Je dirais qu’un peu comme pour le gym, ce sont ceux qui s’abonnent sans utiliser les services qui se font avoir, tandis que ceux qui profitent assidûment de leur abonnement en ont habituellement pour leur argent.

 

Vous aimeriez réagir à ce billet ou me parler du spectacle des Beastie Boys à Montréal dans le cadre de Lollapalooza 94? Écrivez-moi.

 

Emmanuel Moisan

 

 

Faire la piasse avec notre face

Souriez, vous êtes scannés! Place Ste-Foy est le premier centre commercial québécois à se lancer dans l’arène de la reconnaissance faciale. Si les consommateurs semblent s’inquiéter de la protection de leur vie privée, on peut aussi se demander jusqu’où les spécialistes du marketing iront grâce à la collecte de ces données. Les questions éthiques entourant la reconnaissance faciale sont telles que même Microsoft appelle à légiférer.

 

 

 

À propos du président

Avec une formule aussi simple qu’efficace, The Daily, le balado du New York Times, est le plus écouté en Amérique du Nord. Celui du 1er février, particulièrement captivant, accueillait Arthur Gregg Sulzberger, l’éditeur du quotidien new-yorkais, qui raconte son entretien avec Donald Trump au sujet des dommages que causent ses attaques répétées contre la presse. Trente-deux minutes absolument fascinantes.

 


 

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