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Tirer profit de l’ennui

 

Comme tout le monde ou presque, je m’ennuie. Il n’y a plus de temps morts. C’est le temps lui-même qui semble avoir trépassé.

N’empêche. L’ennui avec l’ennui, c’est qu’il est de plus en plus dur à contempler. La faute à tous les stimuli à notre disposition. Ce n’est pas parce qu’on a l’air occupé qu’on ne s’emmerde pas pour autant. Ceux qui, comme moi, se sont goinfrés de la série Cobra Kai savent de quoi je parle.

Je me suis donc servi de la pandémie pour scruter ce néant de remplissage, puis j’ai fait du ménage. Pensez Marie Kondo du divertissement. J’ai réduit le temps passé sur les réseaux sociaux au minimum. J’ai coupé dans mes heures de télé (déjà fort peu copieuses). Comme pour mon alimentation, mon temps libre est devenu très sain, avec quelques nécessaires écarts de conduite impliquant (ou non) des séries à fort potentiel nostalgique avec (ou non) beaucoup de karaté.

Les heures qui s’étirent ainsi plus encore sont devenues l’occasion de faire des choses qui nécessitent du temps long, une implication intellectuelle, et pour lesquelles on ne peut se contenter de papillonner d’information en information, comme on le fait en ligne. Je lis donc beaucoup plus. Des romans. Des essais qui m’intéressent et dont je reportais sans cesse la lecture. Des magazines, parfois d’un bout à l’autre. Je m’oblige à voir ou à revoir des films difficiles, compliqués.

Et c’est là que les surprises surviennent. Une idée jaillit au détour d’une lecture. Un concept. Un nom. Ou alors ça me vient plus tard. En auto, dans la douche, en marchant, peu importe.

Presque toujours, j’ai l’impression d’être en train de cultiver mon imaginaire plutôt que de l’endormir avec des niaiseries.

Pour créer, il faut un terrain de jeu. L’ennui nous donne de l’espace où l’imagination peut se nourrir et se déployer. À condition de ne pas trop l’encombrer de déchets qui entravent le mouvement de la pensée.

Mais juste un peu, quand même. De quoi donner envie de reprendre le karaté, qui sait.


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